Joie de lire et plaisir d'écrire: Sur ce blog, mes élèves de collège, les plus anciens désormais au lycée, et moi-même, partageons notre passion de la lecture et de l'écriture. Toutes les semaines, nous écrivons un texte sur un thème donné, pour éprouver l'harmonie des mots. Bonne lecture!
lundi 6 février 2012
dimanche 5 février 2012
Ma Folie me tua (Texte de Lena sur le même thème)
Bonjour je m’appelle Lana Smith, je suis morte le 1er Avril 1992 à 30ans et aujourd’hui je vais vous raconter mon histoire.
Je suis née un 21 novembre 1962 à New York. Moi et mes parents habitions dans une grande demeure face à la mer et éloignée de la ville. J’étudiais au manoir avec des professeurs particuliers, les langues et les arts étaient ma spécialité: à 10ans je jouais une symphonie de Mozart ou de Beethoven au piano mieux que personne. Maman disait que j’étais un prodige de la musique et que je deviendrais un grand compositeur de classique et que je dépasserais Beethoven. J’avais des étoiles plein les yeux ; tous les jours je m’entrainais, je devenais de plus en plus douée et imaginative. Pendant 9ans je ne m’adonnais qu’à la musique je ne sortais pas, je ne quittais jamais mon piano. Comme tous les vendredis, mère et père partirent en ville, je me retrouvais donc seule dans cette immense demeure. Je m’asseyais devant mon piano et contemplais la mer, l’inspiration ne me venais que quand j’observais ce grand espace, mer qui pour moi est synonyme de liberté. Elle recouvre des merveilles vivantes, des objets du passé, des coraux…. on avait donc construit une pièce faite que de baies vitrées pour moi. Je rêvais de la traverser, d’aller à l’autre bout du monde mais j’avais peur de partir, de quitter ma famille, de quitter l’endroit ou j’avais toujours vécu. Tout à coup, mes parents entrèrent tout contents et surexcités: ils criaient dans tous les sens : « viens, nous avons un cadeau pour toi viens, viens ! ».
Ils m’emmenèrent dans le salon et là je vis ma cousine qui était petite ma meilleure amie. Cela faisait 12ans que je ne l’avais pas vue. Nous nous embrassâmes, criâmes de joie.
« -que fais tu ici ? Comment es-tu arrivée ? Demandai-je.
-je suis arrivée hier, je me baladais en ville lorsque j’ai rencontré tes parents. Ils m’ont proposé de passer une semaine avec vous et j’ai accepté.
-je n’y crois pas, tu restes pendant une semaine !
-nous vous laissons les filles. Je savais que tu serais contente Lana. A tout à l’heure," dit ma mère.
Nous nous assîmes dans le grand salon et continuâmes à bavarder, à nous remémorer nos vieux souvenirs, nos long moments passés ensemble. Je lui montrai mon talent, et lui jouai une symphonie que j’avais composée. Comme moi elle était transportée autre part qu’ici en fixant la mer.
« -et si nous allions nous baigner demain ? me dit-elle.
-et bien oui si tu veux. La dernière fois que je suis sortie, c’était avec toi il y a douze ans !! »
Le lendemain nous allâmes sur la plage; il faisait beau, une journée idéale pour pique-niquer.
Nous étions couchées sur le sable, tout à coup elle bondit et me demanda si je me rappelais de l’histoire que l’on se racontait lorsque que nous étions enfant.
Bien sûr que je m’en souvenais, elle m’avait fait perdre le sommeil pendant un mois. Cette histoire disait qu’un vieux navigateur veuf et complètement fou depuis la mort de sa femme, se serait échoué sur la côte près du manoir. On racontait que le soir on pouvait apercevoir son fantôme se balader sur la plage en pleurant et en chantonnant un air de berceuse, mais pour pouvoir le voir il fallait dire la phrase « je t’aime mon amour reviens moi, mon esprit hante la terre tant que je ne te retrouverai pas »en regardant la mer. Elle me proposa d’essayer de le voir. Sans trop y croire j’acceptai.
Nous avions tout prévu et mes parents étaient d’accord pour que l’on campe.
Le 15septembre 1983, à minuit précise, nous sortîmes de la tente et nous tournâmes vers la mer.
Nous nous regardâmes puis rigolâmes, nous n’y croyions pas une seconde, à cette histoire.
« -un peu de sérieux, me dit-elle. » je lui pris la main et nous récitâmes trois fois la phrases.
Puis rien nous ne vîmes rien. Déçue nous nous assîmes sur le sable et regardâmes les étoiles.
Tout d’un coup j’entendis Aziah m’appeler et me demander d’écouter.
Le bruit était doux, apaisant il me faisait penser à la chanson que mon père me chantait petite.
Une berceuse…était-ce vrai, était-ce le vieil omme qui chantait? Il fallait en être sûres: nous décidâmes de faire le tour de la plage pour le voir. 1heure et 3kilomètres plus tard, nous aperçûmes une ombre humaine mais pas noire comme toute ombre, non, celle-ci était blanche et ne bougeait pas. Elle restait immobile face à la mer. Aziah m’attrapa la main et continua à marcher vers l’ombre. Elle était maigre, très grande, l'homme avait une longue barbe blanche qui amincissait son visage encore plus qu’il ne l’était. Il avait des cernes immenses qui creusaient ses yeux. Il portait de vieux haillons de marin déchirés. Lorsqu’on le regardait, on croyait voir la mort elle-même. Nous ne faisions aucun bruit et lui continuait de chantonner, pourtant nous savions qu’il nous avait vues. Il tourna la tête, nous regarda puis regarda le sol. Nous fîmes de même et regardâmes le sol. Il était écrit « Dîtes bonjour à la mort ». Je courrais vers la tente tandis que ma cousine resta figée. j’avais beau l’appeler, lui dire de venir, elle resta sans bouger. Le veil homme s’approcha d’elle, j’hurlais et pleurais en même temps, mais je n’y pouvais rien. Une demi-seconde plus tard, il l’avait emportée avec lui. Je rentrai à la maison en titubant. Arrivèrent mes parents qui me demandèrent où était Aziah et ce qu'il s’était passé. J’étais incapable de répondre, j’étais tétanisée, blanche, les yeux grand ouverts mais qui ne reflètaient aucune émotion. Onze ans s’écoulèrent depuis cette nuit et mon état ne changea pas. Je ne sortais pas de ma pièce, je jouais au piano en regardant la mer sans m’arrêter jusqu'à ce que la mort vint me chercher le …
Je suis née un 21 novembre 1962 à New York. Moi et mes parents habitions dans une grande demeure face à la mer et éloignée de la ville. J’étudiais au manoir avec des professeurs particuliers, les langues et les arts étaient ma spécialité: à 10ans je jouais une symphonie de Mozart ou de Beethoven au piano mieux que personne. Maman disait que j’étais un prodige de la musique et que je deviendrais un grand compositeur de classique et que je dépasserais Beethoven. J’avais des étoiles plein les yeux ; tous les jours je m’entrainais, je devenais de plus en plus douée et imaginative. Pendant 9ans je ne m’adonnais qu’à la musique je ne sortais pas, je ne quittais jamais mon piano. Comme tous les vendredis, mère et père partirent en ville, je me retrouvais donc seule dans cette immense demeure. Je m’asseyais devant mon piano et contemplais la mer, l’inspiration ne me venais que quand j’observais ce grand espace, mer qui pour moi est synonyme de liberté. Elle recouvre des merveilles vivantes, des objets du passé, des coraux…. on avait donc construit une pièce faite que de baies vitrées pour moi. Je rêvais de la traverser, d’aller à l’autre bout du monde mais j’avais peur de partir, de quitter ma famille, de quitter l’endroit ou j’avais toujours vécu. Tout à coup, mes parents entrèrent tout contents et surexcités: ils criaient dans tous les sens : « viens, nous avons un cadeau pour toi viens, viens ! ».
Ils m’emmenèrent dans le salon et là je vis ma cousine qui était petite ma meilleure amie. Cela faisait 12ans que je ne l’avais pas vue. Nous nous embrassâmes, criâmes de joie.
« -que fais tu ici ? Comment es-tu arrivée ? Demandai-je.
-je suis arrivée hier, je me baladais en ville lorsque j’ai rencontré tes parents. Ils m’ont proposé de passer une semaine avec vous et j’ai accepté.
-je n’y crois pas, tu restes pendant une semaine !
-nous vous laissons les filles. Je savais que tu serais contente Lana. A tout à l’heure," dit ma mère.
Nous nous assîmes dans le grand salon et continuâmes à bavarder, à nous remémorer nos vieux souvenirs, nos long moments passés ensemble. Je lui montrai mon talent, et lui jouai une symphonie que j’avais composée. Comme moi elle était transportée autre part qu’ici en fixant la mer.
« -et si nous allions nous baigner demain ? me dit-elle.
-et bien oui si tu veux. La dernière fois que je suis sortie, c’était avec toi il y a douze ans !! »
Le lendemain nous allâmes sur la plage; il faisait beau, une journée idéale pour pique-niquer.
Nous étions couchées sur le sable, tout à coup elle bondit et me demanda si je me rappelais de l’histoire que l’on se racontait lorsque que nous étions enfant.
Bien sûr que je m’en souvenais, elle m’avait fait perdre le sommeil pendant un mois. Cette histoire disait qu’un vieux navigateur veuf et complètement fou depuis la mort de sa femme, se serait échoué sur la côte près du manoir. On racontait que le soir on pouvait apercevoir son fantôme se balader sur la plage en pleurant et en chantonnant un air de berceuse, mais pour pouvoir le voir il fallait dire la phrase « je t’aime mon amour reviens moi, mon esprit hante la terre tant que je ne te retrouverai pas »en regardant la mer. Elle me proposa d’essayer de le voir. Sans trop y croire j’acceptai.
Nous avions tout prévu et mes parents étaient d’accord pour que l’on campe.
Le 15septembre 1983, à minuit précise, nous sortîmes de la tente et nous tournâmes vers la mer.
Nous nous regardâmes puis rigolâmes, nous n’y croyions pas une seconde, à cette histoire.
« -un peu de sérieux, me dit-elle. » je lui pris la main et nous récitâmes trois fois la phrases.
Puis rien nous ne vîmes rien. Déçue nous nous assîmes sur le sable et regardâmes les étoiles.
Tout d’un coup j’entendis Aziah m’appeler et me demander d’écouter.
Le bruit était doux, apaisant il me faisait penser à la chanson que mon père me chantait petite.
Une berceuse…était-ce vrai, était-ce le vieil omme qui chantait? Il fallait en être sûres: nous décidâmes de faire le tour de la plage pour le voir. 1heure et 3kilomètres plus tard, nous aperçûmes une ombre humaine mais pas noire comme toute ombre, non, celle-ci était blanche et ne bougeait pas. Elle restait immobile face à la mer. Aziah m’attrapa la main et continua à marcher vers l’ombre. Elle était maigre, très grande, l'homme avait une longue barbe blanche qui amincissait son visage encore plus qu’il ne l’était. Il avait des cernes immenses qui creusaient ses yeux. Il portait de vieux haillons de marin déchirés. Lorsqu’on le regardait, on croyait voir la mort elle-même. Nous ne faisions aucun bruit et lui continuait de chantonner, pourtant nous savions qu’il nous avait vues. Il tourna la tête, nous regarda puis regarda le sol. Nous fîmes de même et regardâmes le sol. Il était écrit « Dîtes bonjour à la mort ». Je courrais vers la tente tandis que ma cousine resta figée. j’avais beau l’appeler, lui dire de venir, elle resta sans bouger. Le veil homme s’approcha d’elle, j’hurlais et pleurais en même temps, mais je n’y pouvais rien. Une demi-seconde plus tard, il l’avait emportée avec lui. Je rentrai à la maison en titubant. Arrivèrent mes parents qui me demandèrent où était Aziah et ce qu'il s’était passé. J’étais incapable de répondre, j’étais tétanisée, blanche, les yeux grand ouverts mais qui ne reflètaient aucune émotion. Onze ans s’écoulèrent depuis cette nuit et mon état ne changea pas. Je ne sortais pas de ma pièce, je jouais au piano en regardant la mer sans m’arrêter jusqu'à ce que la mort vint me chercher le …
Texte d'Audrey sur le thème Rencontre surnaturelle
Socrate a dit : « En tout homme, même le meilleure, sommeille une bête sauvage, sans loi, qui relève la tête dans ses rêves. »
Eh bien, il faut croire qu’il avait raison.
***
D'aussi loin que je me souvienne, Halloween avait toujours été ma fête préférée. Tous les ans, et ce depuis mon plus jeune âge, ma mère me confectionnait un costume. J'aimais par-dessus tout déambuler dans les rues en poussant des cris effrayants pour récolter le maximum de friandises.
J'avais été un fantôme, une citrouille, un pirate et même une fois, un zombie.
C'était toujours un véritable plaisir d'enfiler mon costume et d'arpenter les rues, de sonner à chaque porte pour réclamer des bonbons avec ma meilleure amie, Leana puis de rentrer chez moi, et d'exhiber fièrement mon butin à mes parents.
Mais à 13 ans, lorsque ma mère mourut dans un accident de voiture, deux jours avant Halloween, je me m'y à détester cette fête. Il n'y avait plus de costumes, et donc plus aucune raison de la célébrer. Cette année-là, fut la dernière où je vis un sourire s'afficher sur le visage de mon père. Rien ne semblait plus l'amuser, ou le rendre heureux. Il semblait imperméable à toute sorte de joie et se lançait à corps perdu dans son travail. Mon père était pompier et devait sans cesse jongler entre moi et son travail.
3 ans plus tard, alors qu'Halloween approchait à grand pas, mon humeur se dégradait de façon nettement remarquable. Mon père, qui avait enfin quelqu'un dans sa vie, quelqu'un qui semblait le rendre heureux depuis la mort de ma mère - tandis que moi, je me renfermai sur moi-même, devenant toujours plus rebelle chaque jour – et malheureusement, faisait les frais de cette mauvaise humeur.
Un soir où il avait ramené Anna - sa nouvelle conquête - à la maison, je profitai pour être particulièrement infecte. Mon père, lassé de mon comportement m'ordonna de monter dans ma chambre. Il accompagna son ordre d'une punition : j'étais privé de sortie pour les trois prochains mois.
Furieuse - sans aucune raison valable, je l'avoue- je me précipitai à l'étage puis m'enfermai dans ma chambre. J'étais bien décidée à ne pas en sortir tant qu'il serait dans la maison. Ma colère s'amplifia, puis se transforma en quelque chose de pire. J'éprouvai un besoin de me venger, de lui faire comprendre que j'étais libre de faire ce que je voulais, quand je le voulais, et que je n'avais d'ordre à recevoir de personne.
Les jours suivants, je m'appliquai à lui faire comprendre que j'étais encore en colère, en refusant catégoriquement de lui parler
Et puis, l'occasion parfaite m'apparut sous la forme d'un texto de Leana qui parlait d'une fête privée, le soir d'Halloween. C'était parfait.
Leana se chargeait des costumes, - cette année-là, nous étions des sorcières - mon père serait à la caserne toute la soirée, c'était un bon plan, en perspective.
Après avoir récupéré les costumes chez Leana, nous étions en route vers le lieu de la fête. Et soudain, dans la voiture, je me demandai pourquoi j'étais là, pourquoi je faisais tout cela, pourquoi j'en voulais tellement à mon père ? Etait-ce parce qu'il était en train de refaire sa vie, sans maman ?
Est-ce que j'avais accepté de me rendre à cette fête uniquement pour enfreindre sa sanction ou alors parce que c'était " LA-Méga-fête-de-l'année-où-toute-personne-populaire-se-devait-d'être" ?
Je fus tirée de mes réflexions quand la voiture s'arrêta face à une immense maison à l'air effrayant. Il suffisait de la regarder pour être pris de frissons.
Mon amie descendit, puis m'ouvrit la portière. Face à mon air apeuré et mes supplications, elle s'impatienta et me tira par le bras, hors du véhicule. Je regrettai déjà l'instant où j'étais sortie de la maison.
Un garçon, à l'entrée, distribuait des masques. J'en attrapai un noir avec des plumes, le mis et rentrai, sous les ordres de Leana. Si elle avait insisté pour que je vienne, ça ne lui avait néanmoins pas dérangé de me délaisser pour partir à la recherche de petit-ami.
Elle s'était éloignée de moi en agitant la main et en me criant de m'amuser. C'était plus facile à dire qu'à faire.
Plus je regardais autour de moi, plus l'endroit me paraissait sombre et inquiétant. Il y avait une drôle d'odeur et une atmosphère pesante mais j'avais la sensation d'être la seule à le remarquer. Tous les gens autour de moi semblaient s'amuser, ils discutaient, dansaient, buvaient ou riaient bruyamment.
Je ne m'amusai pas, entre les gamins au teint verdâtre qui avaient certainement bu beaucoup plus que leurs estomacs ne pouvaient supporter et l’odeur nauséabonde qui semblait s’amplifier alors, je dénichai une chaise dans un coin de la pièce et y restai pendant un long moment.
Je regardai ma montre une énième fois et, alors que je comptais demander à Leana de me ramener, je vis une main gantée de blanc se tendre vers moi.
Lorsque je levai les yeux, je vis un garçon masqué. Il possédait des yeux qui brillaient comme des diamants dans la pénombre, une chevelure noire comme la nuit, des lèvres fines …
- Est-ce qu’une sorcière voudrait bien m’accorder une danse ?
Je regardai à droite, puis à gauche, pour m'assurer que c'était bien à moi qu'il s'adressait. Ma réaction lui fit esquisser un sourire des plus charmants.
- C'est à moi que tu parles ? demandai-je tout de même en jetant un coup d'œil par-dessus son épaule.
J'aperçus Leana, levant son pouce en l'air en signe d'encouragements.
- Evidemment. A qui d'autre ? répondit-il d'une voix suave.
Complètement sous le charme du mystérieux inconnu, je mis ma main dans la sienne. La musique ralentit, puis se transforma en un slow. J’étais aux anges, ma soirée prenait une tournure absolument magique.
A la fin de la danse il me prit par la main et m’entraîna à l’extérieur. Je respirai à pleins poumons, bien heureuse d’avoir échappé à l’atmosphère oppressante de la pièce.
La nuit était magnifique. L’énorme disque argenté qu’était la lune semblait se pencher vers nous pour épier notre conversation, éclairant le visage de mon inconnu. Je trépignai, ne sachant pas me contenter du peu que je savais sur lui. A plusieurs reprises, je tentai e lui ôter son masque mais à chaque fois, il semblait anticiper chacun de mes mouvements et les interceptait avec une aisance et une délicatesse déconcertante.
- Tu ne comptes pas enlever ton masque ? lançai-je soudainement.
- Pourquoi tu tiens tellement à ce que je l’enlève ?
- Et pourquoi pas ? rétorquai-je en ôtant le mien.
- Peut-être pour entretenir le mystère ?
Il me regarda fixement - ses grands yeux verts émeraude brillaient de mille feux – comme en attente d’une réponse. Je soupirai et acceptai d’attendre. Cependant, il promit de l’enlever avant la fin de la soirée. Il se décida à me dire une chose, son prénom : il s’appelait Lévi.
- Halloween, me dit-il en s’adossant à un arbre, est la nuit de tous les monstres. La seule où ils peuvent passer inaperçus et semer la pagaille.
Je gloussai.
- Des monstres ?
- Tu n’y crois pas ?
- Non.
- Et bien tu devrais, me répondit-il dans un souffle. Prends garde à toi, il pourrait y en avoir tout près de toi … Sans que tu le saches.
Quelque chose dans sa voix me parut différent. Un frisson glissa le long de ma colonne vertébrale. Tandis qu’il détachait la cordelette qui retenait son masque, j’eus un mouvement de recul. J’avais attendu ce moment dès l’instant où ce garçon avait apparu devant moi et maintenant, j’avais peur de ce que je pouvais trouver.
Le masque tomba dans l’herbe et le garçon releva la tête, les yeux à demi clos, offrant son visage à la lumière de la lune. Et lorsqu’il reposa son regard sur moi, j’eus un hoquet de stupeur.
C’était sans aucun doute, le plus beau visage que je n’ai jamais vu. Tous ses traits semblaient avoir été modelés à la perfection, tout, chez lui, accrochait le regard.
Mais, aussi beau eut-il été, il me donnait la chair de poule. Son visage était d’une beauté froide, cruelle… C’était une beauté presque trop parfaite pour être humaine.
Les battements de mon cœur accélérèrent tandis que les yeux émeraude de mon inconnu se transformaient en rubis. Ils étaient rouges, comme le sang, et semblaient posséder une étincelle sadique.
Je reculai, encore et encore.
- Il se f-fait tard … J-je crois que je devrais rentrer chez moi, bredouillais-je.
- Quelque chose ne va pas ? questionna-t-il. Je t’effraie ?
En une fraction de seconde, il fut à côté de moi. Je clignai des yeux, comprenant à peine ce qui venait de se passer. Avec sa main droite, il enserra mon cou. Je ne pouvais plus respirer. Je me débattais, de toutes mes forces, en essayant de le frapper mais rien ne semblait l’atteindre.
Penchant sa tête sur le côté, il me sourit avant de me chuchoter :
- Ça a été un plaisir de jouer avec toi … Tu as été une cible trop facile. Mais, maintenant, le jeu est terminé !
- Laisse-moi partir, s’il te plait Lévi … implorai-je.
Il défit légèrement son étreinte, en prenant un air tellement compatissant que je m’attendais presque à ce qu’il s’excuse.
- Désolé ma belle, ça ne marche pas mais, je peux te promettre que je ferais ça vite, répondit-il avec un air faussement navré.
Je criai, avec toute la force qu’il me restait. J’entendis quelqu’un m’interpeller. C’était Leana.
Mon inconnu me lâcha. Je m’écroulai, la vue troublée et le cou douloureux.
- Qu’est-ce que tu lui as fait ? s’écria-t-elle en me voyant au sol, peinant à respirer.
Je vis quelqu’un l’attaquer. J’entendis des cris, des gémissements.
Bobby avait essayé de nous porter secours et s’était retrouvé K.O. Leana suivit moins d’une minute plus tard.
Le garçon brun n’était plus qu’une ombre avançant vers moi. Il s’accroupit devant moi en me susurrant qu’il devait finir ce qu’il avait commencé. Je me mis à sangloter, terrifiée.
Ma vision redevint claire, l’espace d’un instant, je le vis se pencher vers moi. Il me remit debout et puis, la seconde d’après, je sentis son impitoyable morsure dans mon cou.
Ce n’était pas la morsure elle-même qui était à l’origine de la douleur insupportable dont j’étais l’esclave, mais plutôt le fait que Lévi se délectait de mon sang,
Incapable d’hurler, je me contentai de gémir.
Mes jambes flageolèrent. Je manquais d’énergie, ma tête tournait déjà, et pour ne pas tomber, je fus contrainte de me raccrocher à lui, me rendant encore plus vulnérable.
Sentant mes forces me quitter, je cessais progressivement de me battre contre la douleur. Lorsque je fus dans un état proche du coma, il me laissa m’écrouler au sol. Et ce fut le noir complet. En un instant, je crus que c’était la fin.
Et alors que je pensais être enfin sur le point d’expirer, quelque chose me tira de ma torpeur. J’entendis une voix familière, la voix de ma meilleure amie. J’ouvris brusquement les yeux, comme l’on se réveille d’un mauvais rêve et portai ma main à mon cou. Je saignais.
- Vite ! me pressa Leana. Tu peux marcher ? Il faut s’enfuir, on n’a pas beaucoup de temps.
Elle m’aida à me remettre sur mes pieds et Bobby me prit sur son dos. Je l’entendis dire que je ne serais pas assez rapide. Ensuite, ils se mirent à courir, loin de la fête. Durant cette course effrénée, reprenant quelque peu mes esprits, je demandai :
- Où est-il … ?
- Loin, j’espère. Leana l’a attaqué avec une sorte de bombe anti-agression. Je ne sais pas ce qu’il y avait dedans mais, ça l’a chassé un moment, me répondit Bobby.
- Qu’est … ce que c’était ? demande Leana en me jetant un regard inquiet.
- Un vampire … soufflai-je.
Bobby s’arrêta. Nous étions dans un vieux cimetière. Une fois que j’eus dis à haute voix ce qu’était Lévi, j’eus un déclic. Je me mis à faire, mentalement, la liste de tout ce que je savais sur les vampires. Anne Rice, Stephenie Meyer, L.J Smith étant mes références, je tentai de classer Lévi dans une catégorie.
Il était plus fort, plus rapide, et bien plus beau que la normale. Ses yeux étaient passés du vert au rouge mais … c’était les seules informations que j’avais pu relever, alors il m’était impossible de définir quel genre de vampire c’était ; impossible, donc, de connaître ses faiblesses.
Je soupirai, soudainement assaillie par un flot de pensées négatives.
- Un quoi ?! me dit-il en me posant par terre.
- Je ne vois pas d’autre explication … continuai-je.
- Tu es devenue folle ? Les vampires, ça n’existe que dans les livres et dans les films. Ce n’est pas la réalité ! s’exclama le garçon, complètement déboussolé.
- Alors comment tu expliques ça ? lui lançai-je en indiquant l’endroit où Lévi m’avait mordue.
Bobby écarquilla les yeux, secoua la tête comme pour chasser l’idée qui s’imposait à lui.
Leana s’approcha, toucha la trace de la morsure, puis retira rapidement sa main, effrayée. Avant même que j’ai pu lui demander ce qui lui arrivait, un bruit sourd retentit.
En alerte, nous guettions le moindre mouvement autour de nous. Et puis, le vampire surgit de derrière une pierre tombale.
Il nous tournait autour comme un prédateur tourne autour de ses proies. Nous étions ses cibles, et de plus, sur son terrain de chasse. L’issue de cette rencontre me paraissait inévitable.
Mais lorsqu’il me vit, son expression victorieuse changea. Son si beau visage se décomposa en une grimace monstrueuse située entre la terreur et l’incompréhension.
Plantant son regard froid dans le mien, il grogna :
- C’est … impossible ! Tu devrais être morte à l’heure qu’il est ! Je ne t’ai laissé aucune chance de survivre. C’est tout simplement impossible, répéta-t-il . A moins que …
Quelque chose dans mon regard le terrifia. Je n’avais aucune idée de ce que ça pouvait être, mais il recula. Encore, et encore, jusqu’à se retrouver acculé à une pierre tombale. Et, le voyant battre en retraite, je me sentis devenir de plus en plus forte mais la douleur provoquée par la morsure se réveilla également.
C’était une douleur atroce, insupportable pour n’importe quelle personne normale. Sauf moi. Je n’étais plus normale. J’avais flirté avec la Mort, et j’y avais survécu.
Mon assurance augmenta, et je me mis à penser qu’on avait une chance de s’en sortir, si je continuais à effrayer Lévi, même si je ne savais pas comment j’arrivais à le faire.
De petits faisceaux de lumière se posèrent sur Lévi, se multipliant à chaque minute ; le soleil se levait. Lorsque le vampire fut totalement illuminé, son corps s’embrasa dans un grand cri et en quelques secondes, se transforma en cendre. Ce fut de loin le spectacle le plus captivant qu’il ne m’ait jamais été donné de voir ; la combustion d’un vampire.
- Enfin, le cauchemar est terminé, soupirai-je, soulagée.
Je fermais les yeux quelques instants, pour assimiler tout ce qui venait de se passer.
Leana vint se jeter dans mes bras en sanglotant.
- Je suis tellement désolée … C’est de ma faute … Tout ce qui t’est arrivé est de ma faute. Je ne pourrais jamais me le pardonner. Mon dieu … Je …
- Calme-toi … Tout va bien. Au final, on est là, en bonne santé. Ne t’en fais pas pour toi, je te pardonne, la rassurais-je.
Lorsque je rouvris les yeux, mon regard croisa celui de Bobby.
- Oh mon dieu … C’est pas vrai ! s’exclama-t-il en se figeant.
Mon amie défit son étreinte et me détailla du regard. Sa réaction fut identique à celle de Lévi, et également à celle de Bobby. Ses yeux s’écarquillèrent et elle fit un bond en arrière.
Je retrouvai chez chacun d’eux, cette même expression terrorisée.
- Quoi, qu’est ce qui se passe ? demandai-je, à mon tour affolée.
Et d’un seul coup, tous les bruits de la nature en train de s’éveiller autour de nous me parurent insupportables. Le moindre gazouillement créait dans ma tête une véritable cacophonie ; et les murmures de mes amis ne firent que l’amplifier.
Prise d’une soudaine envie de fuir, je sautai la barrière du cimetière pour fuir tous ces bruits autour de moi qui semblaient m’agresser.
Je m’enfonçai en courant dans les bois aux alentours du cimetière, en ayant qu’une seule chose en tête : m’en aller très loin.
La douleur de la morsure m’entraînait dans un état proche de la folie. J’avais l’impression que la morsure provoquait des changements dans mon organisme. Depuis mon cou jusqu’au bout des doigts, je ressentais des picotements au plus profond de ma chair.
Je ne m’arrêtai pas de courir, slalomant entre les arbres, sans savoir où j’allais. Mais peu m’importait, la seule chose que je voulais, c’était fuir.
Au fond de moi, je savais que quelque chose n’allait pas.
Je sentais un poison s’attaquer minutieusement à chaque parcelle de mon corps, ravageant tout à l’intérieur.
Soudain, j’entendis la voix de mon père, assez clairement. Je m’arrêtais, regardai autour de moi et tendis l’oreille. Il criait mon nom, il n’était pas loin.
Un autre bruit me parvint ; c’était le bruissement d’un ruisseau. Je me remis en route, fonçant vers l’endroit d’où provenait ce bruit avec la ferme intention de me jeter à l’eau pour atténuer l’incendie que la morsure déclenchait en moi.
Lorsque le bruit sembla plus proche, j’accélérai, jusqu’à me retrouver sur les berges d’une rivière.
Je m’y approchais. L’eau était claire, illuminée par le soleil levant ; elle avait l’air de m’appeler.
Je m’agenouillais dans l’herbe et me penchai vers ce qui, je l’espérais, serait la clé de mon salut.
Mais lorsque l’eau, agissant comme un miroir, me renvoya mon image, je poussai le cri le plus effroyable que personne n’ait jamais entendu.
C’était un cri de détresse.
Mes cheveux étaient dans un état lamentable, mes vêtements déchirés, mais le pire de tout … c’était mes yeux. Je ne les reconnaissais plus.
Ils étaient devenus couleur sang, avec cet éclat dangereusement captivant, exactement comme ceux de Lévi.
C’est alors que je compris ce qui l’avait effrayé, ainsi que Bobby et Leana.
J’avais changé.
A présent, j’étais devenue un monstre, mais pas n’importe lequel … J’étais devenue un vampire, tout comme mon mystérieux inconnu.
Eh bien, il faut croire qu’il avait raison.
***
D'aussi loin que je me souvienne, Halloween avait toujours été ma fête préférée. Tous les ans, et ce depuis mon plus jeune âge, ma mère me confectionnait un costume. J'aimais par-dessus tout déambuler dans les rues en poussant des cris effrayants pour récolter le maximum de friandises.
J'avais été un fantôme, une citrouille, un pirate et même une fois, un zombie.
C'était toujours un véritable plaisir d'enfiler mon costume et d'arpenter les rues, de sonner à chaque porte pour réclamer des bonbons avec ma meilleure amie, Leana puis de rentrer chez moi, et d'exhiber fièrement mon butin à mes parents.
Mais à 13 ans, lorsque ma mère mourut dans un accident de voiture, deux jours avant Halloween, je me m'y à détester cette fête. Il n'y avait plus de costumes, et donc plus aucune raison de la célébrer. Cette année-là, fut la dernière où je vis un sourire s'afficher sur le visage de mon père. Rien ne semblait plus l'amuser, ou le rendre heureux. Il semblait imperméable à toute sorte de joie et se lançait à corps perdu dans son travail. Mon père était pompier et devait sans cesse jongler entre moi et son travail.
3 ans plus tard, alors qu'Halloween approchait à grand pas, mon humeur se dégradait de façon nettement remarquable. Mon père, qui avait enfin quelqu'un dans sa vie, quelqu'un qui semblait le rendre heureux depuis la mort de ma mère - tandis que moi, je me renfermai sur moi-même, devenant toujours plus rebelle chaque jour – et malheureusement, faisait les frais de cette mauvaise humeur.
Un soir où il avait ramené Anna - sa nouvelle conquête - à la maison, je profitai pour être particulièrement infecte. Mon père, lassé de mon comportement m'ordonna de monter dans ma chambre. Il accompagna son ordre d'une punition : j'étais privé de sortie pour les trois prochains mois.
Furieuse - sans aucune raison valable, je l'avoue- je me précipitai à l'étage puis m'enfermai dans ma chambre. J'étais bien décidée à ne pas en sortir tant qu'il serait dans la maison. Ma colère s'amplifia, puis se transforma en quelque chose de pire. J'éprouvai un besoin de me venger, de lui faire comprendre que j'étais libre de faire ce que je voulais, quand je le voulais, et que je n'avais d'ordre à recevoir de personne.
Les jours suivants, je m'appliquai à lui faire comprendre que j'étais encore en colère, en refusant catégoriquement de lui parler
Et puis, l'occasion parfaite m'apparut sous la forme d'un texto de Leana qui parlait d'une fête privée, le soir d'Halloween. C'était parfait.
Leana se chargeait des costumes, - cette année-là, nous étions des sorcières - mon père serait à la caserne toute la soirée, c'était un bon plan, en perspective.
Après avoir récupéré les costumes chez Leana, nous étions en route vers le lieu de la fête. Et soudain, dans la voiture, je me demandai pourquoi j'étais là, pourquoi je faisais tout cela, pourquoi j'en voulais tellement à mon père ? Etait-ce parce qu'il était en train de refaire sa vie, sans maman ?
Est-ce que j'avais accepté de me rendre à cette fête uniquement pour enfreindre sa sanction ou alors parce que c'était " LA-Méga-fête-de-l'année-où-toute-personne-populaire-se-devait-d'être" ?
Je fus tirée de mes réflexions quand la voiture s'arrêta face à une immense maison à l'air effrayant. Il suffisait de la regarder pour être pris de frissons.
Mon amie descendit, puis m'ouvrit la portière. Face à mon air apeuré et mes supplications, elle s'impatienta et me tira par le bras, hors du véhicule. Je regrettai déjà l'instant où j'étais sortie de la maison.
Un garçon, à l'entrée, distribuait des masques. J'en attrapai un noir avec des plumes, le mis et rentrai, sous les ordres de Leana. Si elle avait insisté pour que je vienne, ça ne lui avait néanmoins pas dérangé de me délaisser pour partir à la recherche de petit-ami.
Elle s'était éloignée de moi en agitant la main et en me criant de m'amuser. C'était plus facile à dire qu'à faire.
Plus je regardais autour de moi, plus l'endroit me paraissait sombre et inquiétant. Il y avait une drôle d'odeur et une atmosphère pesante mais j'avais la sensation d'être la seule à le remarquer. Tous les gens autour de moi semblaient s'amuser, ils discutaient, dansaient, buvaient ou riaient bruyamment.
Je ne m'amusai pas, entre les gamins au teint verdâtre qui avaient certainement bu beaucoup plus que leurs estomacs ne pouvaient supporter et l’odeur nauséabonde qui semblait s’amplifier alors, je dénichai une chaise dans un coin de la pièce et y restai pendant un long moment.
Je regardai ma montre une énième fois et, alors que je comptais demander à Leana de me ramener, je vis une main gantée de blanc se tendre vers moi.
Lorsque je levai les yeux, je vis un garçon masqué. Il possédait des yeux qui brillaient comme des diamants dans la pénombre, une chevelure noire comme la nuit, des lèvres fines …
- Est-ce qu’une sorcière voudrait bien m’accorder une danse ?
Je regardai à droite, puis à gauche, pour m'assurer que c'était bien à moi qu'il s'adressait. Ma réaction lui fit esquisser un sourire des plus charmants.
- C'est à moi que tu parles ? demandai-je tout de même en jetant un coup d'œil par-dessus son épaule.
J'aperçus Leana, levant son pouce en l'air en signe d'encouragements.
- Evidemment. A qui d'autre ? répondit-il d'une voix suave.
Complètement sous le charme du mystérieux inconnu, je mis ma main dans la sienne. La musique ralentit, puis se transforma en un slow. J’étais aux anges, ma soirée prenait une tournure absolument magique.
A la fin de la danse il me prit par la main et m’entraîna à l’extérieur. Je respirai à pleins poumons, bien heureuse d’avoir échappé à l’atmosphère oppressante de la pièce.
La nuit était magnifique. L’énorme disque argenté qu’était la lune semblait se pencher vers nous pour épier notre conversation, éclairant le visage de mon inconnu. Je trépignai, ne sachant pas me contenter du peu que je savais sur lui. A plusieurs reprises, je tentai e lui ôter son masque mais à chaque fois, il semblait anticiper chacun de mes mouvements et les interceptait avec une aisance et une délicatesse déconcertante.
- Tu ne comptes pas enlever ton masque ? lançai-je soudainement.
- Pourquoi tu tiens tellement à ce que je l’enlève ?
- Et pourquoi pas ? rétorquai-je en ôtant le mien.
- Peut-être pour entretenir le mystère ?
Il me regarda fixement - ses grands yeux verts émeraude brillaient de mille feux – comme en attente d’une réponse. Je soupirai et acceptai d’attendre. Cependant, il promit de l’enlever avant la fin de la soirée. Il se décida à me dire une chose, son prénom : il s’appelait Lévi.
- Halloween, me dit-il en s’adossant à un arbre, est la nuit de tous les monstres. La seule où ils peuvent passer inaperçus et semer la pagaille.
Je gloussai.
- Des monstres ?
- Tu n’y crois pas ?
- Non.
- Et bien tu devrais, me répondit-il dans un souffle. Prends garde à toi, il pourrait y en avoir tout près de toi … Sans que tu le saches.
Quelque chose dans sa voix me parut différent. Un frisson glissa le long de ma colonne vertébrale. Tandis qu’il détachait la cordelette qui retenait son masque, j’eus un mouvement de recul. J’avais attendu ce moment dès l’instant où ce garçon avait apparu devant moi et maintenant, j’avais peur de ce que je pouvais trouver.
Le masque tomba dans l’herbe et le garçon releva la tête, les yeux à demi clos, offrant son visage à la lumière de la lune. Et lorsqu’il reposa son regard sur moi, j’eus un hoquet de stupeur.
C’était sans aucun doute, le plus beau visage que je n’ai jamais vu. Tous ses traits semblaient avoir été modelés à la perfection, tout, chez lui, accrochait le regard.
Mais, aussi beau eut-il été, il me donnait la chair de poule. Son visage était d’une beauté froide, cruelle… C’était une beauté presque trop parfaite pour être humaine.
Les battements de mon cœur accélérèrent tandis que les yeux émeraude de mon inconnu se transformaient en rubis. Ils étaient rouges, comme le sang, et semblaient posséder une étincelle sadique.
Je reculai, encore et encore.
- Il se f-fait tard … J-je crois que je devrais rentrer chez moi, bredouillais-je.
- Quelque chose ne va pas ? questionna-t-il. Je t’effraie ?
En une fraction de seconde, il fut à côté de moi. Je clignai des yeux, comprenant à peine ce qui venait de se passer. Avec sa main droite, il enserra mon cou. Je ne pouvais plus respirer. Je me débattais, de toutes mes forces, en essayant de le frapper mais rien ne semblait l’atteindre.
Penchant sa tête sur le côté, il me sourit avant de me chuchoter :
- Ça a été un plaisir de jouer avec toi … Tu as été une cible trop facile. Mais, maintenant, le jeu est terminé !
- Laisse-moi partir, s’il te plait Lévi … implorai-je.
Il défit légèrement son étreinte, en prenant un air tellement compatissant que je m’attendais presque à ce qu’il s’excuse.
- Désolé ma belle, ça ne marche pas mais, je peux te promettre que je ferais ça vite, répondit-il avec un air faussement navré.
Je criai, avec toute la force qu’il me restait. J’entendis quelqu’un m’interpeller. C’était Leana.
Mon inconnu me lâcha. Je m’écroulai, la vue troublée et le cou douloureux.
- Qu’est-ce que tu lui as fait ? s’écria-t-elle en me voyant au sol, peinant à respirer.
Je vis quelqu’un l’attaquer. J’entendis des cris, des gémissements.
Bobby avait essayé de nous porter secours et s’était retrouvé K.O. Leana suivit moins d’une minute plus tard.
Le garçon brun n’était plus qu’une ombre avançant vers moi. Il s’accroupit devant moi en me susurrant qu’il devait finir ce qu’il avait commencé. Je me mis à sangloter, terrifiée.
Ma vision redevint claire, l’espace d’un instant, je le vis se pencher vers moi. Il me remit debout et puis, la seconde d’après, je sentis son impitoyable morsure dans mon cou.
Ce n’était pas la morsure elle-même qui était à l’origine de la douleur insupportable dont j’étais l’esclave, mais plutôt le fait que Lévi se délectait de mon sang,
Incapable d’hurler, je me contentai de gémir.
Mes jambes flageolèrent. Je manquais d’énergie, ma tête tournait déjà, et pour ne pas tomber, je fus contrainte de me raccrocher à lui, me rendant encore plus vulnérable.
Sentant mes forces me quitter, je cessais progressivement de me battre contre la douleur. Lorsque je fus dans un état proche du coma, il me laissa m’écrouler au sol. Et ce fut le noir complet. En un instant, je crus que c’était la fin.
Et alors que je pensais être enfin sur le point d’expirer, quelque chose me tira de ma torpeur. J’entendis une voix familière, la voix de ma meilleure amie. J’ouvris brusquement les yeux, comme l’on se réveille d’un mauvais rêve et portai ma main à mon cou. Je saignais.
- Vite ! me pressa Leana. Tu peux marcher ? Il faut s’enfuir, on n’a pas beaucoup de temps.
Elle m’aida à me remettre sur mes pieds et Bobby me prit sur son dos. Je l’entendis dire que je ne serais pas assez rapide. Ensuite, ils se mirent à courir, loin de la fête. Durant cette course effrénée, reprenant quelque peu mes esprits, je demandai :
- Où est-il … ?
- Loin, j’espère. Leana l’a attaqué avec une sorte de bombe anti-agression. Je ne sais pas ce qu’il y avait dedans mais, ça l’a chassé un moment, me répondit Bobby.
- Qu’est … ce que c’était ? demande Leana en me jetant un regard inquiet.
- Un vampire … soufflai-je.
Bobby s’arrêta. Nous étions dans un vieux cimetière. Une fois que j’eus dis à haute voix ce qu’était Lévi, j’eus un déclic. Je me mis à faire, mentalement, la liste de tout ce que je savais sur les vampires. Anne Rice, Stephenie Meyer, L.J Smith étant mes références, je tentai de classer Lévi dans une catégorie.
Il était plus fort, plus rapide, et bien plus beau que la normale. Ses yeux étaient passés du vert au rouge mais … c’était les seules informations que j’avais pu relever, alors il m’était impossible de définir quel genre de vampire c’était ; impossible, donc, de connaître ses faiblesses.
Je soupirai, soudainement assaillie par un flot de pensées négatives.
- Un quoi ?! me dit-il en me posant par terre.
- Je ne vois pas d’autre explication … continuai-je.
- Tu es devenue folle ? Les vampires, ça n’existe que dans les livres et dans les films. Ce n’est pas la réalité ! s’exclama le garçon, complètement déboussolé.
- Alors comment tu expliques ça ? lui lançai-je en indiquant l’endroit où Lévi m’avait mordue.
Bobby écarquilla les yeux, secoua la tête comme pour chasser l’idée qui s’imposait à lui.
Leana s’approcha, toucha la trace de la morsure, puis retira rapidement sa main, effrayée. Avant même que j’ai pu lui demander ce qui lui arrivait, un bruit sourd retentit.
En alerte, nous guettions le moindre mouvement autour de nous. Et puis, le vampire surgit de derrière une pierre tombale.
Il nous tournait autour comme un prédateur tourne autour de ses proies. Nous étions ses cibles, et de plus, sur son terrain de chasse. L’issue de cette rencontre me paraissait inévitable.
Mais lorsqu’il me vit, son expression victorieuse changea. Son si beau visage se décomposa en une grimace monstrueuse située entre la terreur et l’incompréhension.
Plantant son regard froid dans le mien, il grogna :
- C’est … impossible ! Tu devrais être morte à l’heure qu’il est ! Je ne t’ai laissé aucune chance de survivre. C’est tout simplement impossible, répéta-t-il . A moins que …
Quelque chose dans mon regard le terrifia. Je n’avais aucune idée de ce que ça pouvait être, mais il recula. Encore, et encore, jusqu’à se retrouver acculé à une pierre tombale. Et, le voyant battre en retraite, je me sentis devenir de plus en plus forte mais la douleur provoquée par la morsure se réveilla également.
C’était une douleur atroce, insupportable pour n’importe quelle personne normale. Sauf moi. Je n’étais plus normale. J’avais flirté avec la Mort, et j’y avais survécu.
Mon assurance augmenta, et je me mis à penser qu’on avait une chance de s’en sortir, si je continuais à effrayer Lévi, même si je ne savais pas comment j’arrivais à le faire.
De petits faisceaux de lumière se posèrent sur Lévi, se multipliant à chaque minute ; le soleil se levait. Lorsque le vampire fut totalement illuminé, son corps s’embrasa dans un grand cri et en quelques secondes, se transforma en cendre. Ce fut de loin le spectacle le plus captivant qu’il ne m’ait jamais été donné de voir ; la combustion d’un vampire.
- Enfin, le cauchemar est terminé, soupirai-je, soulagée.
Je fermais les yeux quelques instants, pour assimiler tout ce qui venait de se passer.
Leana vint se jeter dans mes bras en sanglotant.
- Je suis tellement désolée … C’est de ma faute … Tout ce qui t’est arrivé est de ma faute. Je ne pourrais jamais me le pardonner. Mon dieu … Je …
- Calme-toi … Tout va bien. Au final, on est là, en bonne santé. Ne t’en fais pas pour toi, je te pardonne, la rassurais-je.
Lorsque je rouvris les yeux, mon regard croisa celui de Bobby.
- Oh mon dieu … C’est pas vrai ! s’exclama-t-il en se figeant.
Mon amie défit son étreinte et me détailla du regard. Sa réaction fut identique à celle de Lévi, et également à celle de Bobby. Ses yeux s’écarquillèrent et elle fit un bond en arrière.
Je retrouvai chez chacun d’eux, cette même expression terrorisée.
- Quoi, qu’est ce qui se passe ? demandai-je, à mon tour affolée.
Et d’un seul coup, tous les bruits de la nature en train de s’éveiller autour de nous me parurent insupportables. Le moindre gazouillement créait dans ma tête une véritable cacophonie ; et les murmures de mes amis ne firent que l’amplifier.
Prise d’une soudaine envie de fuir, je sautai la barrière du cimetière pour fuir tous ces bruits autour de moi qui semblaient m’agresser.
Je m’enfonçai en courant dans les bois aux alentours du cimetière, en ayant qu’une seule chose en tête : m’en aller très loin.
La douleur de la morsure m’entraînait dans un état proche de la folie. J’avais l’impression que la morsure provoquait des changements dans mon organisme. Depuis mon cou jusqu’au bout des doigts, je ressentais des picotements au plus profond de ma chair.
Je ne m’arrêtai pas de courir, slalomant entre les arbres, sans savoir où j’allais. Mais peu m’importait, la seule chose que je voulais, c’était fuir.
Au fond de moi, je savais que quelque chose n’allait pas.
Je sentais un poison s’attaquer minutieusement à chaque parcelle de mon corps, ravageant tout à l’intérieur.
Soudain, j’entendis la voix de mon père, assez clairement. Je m’arrêtais, regardai autour de moi et tendis l’oreille. Il criait mon nom, il n’était pas loin.
Un autre bruit me parvint ; c’était le bruissement d’un ruisseau. Je me remis en route, fonçant vers l’endroit d’où provenait ce bruit avec la ferme intention de me jeter à l’eau pour atténuer l’incendie que la morsure déclenchait en moi.
Lorsque le bruit sembla plus proche, j’accélérai, jusqu’à me retrouver sur les berges d’une rivière.
Je m’y approchais. L’eau était claire, illuminée par le soleil levant ; elle avait l’air de m’appeler.
Je m’agenouillais dans l’herbe et me penchai vers ce qui, je l’espérais, serait la clé de mon salut.
Mais lorsque l’eau, agissant comme un miroir, me renvoya mon image, je poussai le cri le plus effroyable que personne n’ait jamais entendu.
C’était un cri de détresse.
Mes cheveux étaient dans un état lamentable, mes vêtements déchirés, mais le pire de tout … c’était mes yeux. Je ne les reconnaissais plus.
Ils étaient devenus couleur sang, avec cet éclat dangereusement captivant, exactement comme ceux de Lévi.
C’est alors que je compris ce qui l’avait effrayé, ainsi que Bobby et Leana.
J’avais changé.
A présent, j’étais devenue un monstre, mais pas n’importe lequel … J’étais devenue un vampire, tout comme mon mystérieux inconnu.
Voyage dans le néant - thème :rencontre surnaturelle
Je reviens de nulle part. vide. Vidé, plus exactement.
Je me suis levé un matin et sans raison, j’ai tout envoyé balader. Tout abandonné. Mes rares amis, mon ogresse de mère, mes études de Lettres, mon job de robot aux caisses du Champion, et même le joli minois de Caroline que je n’ai jamais osé aborder.
C’est arrivé sur un coup de tête. J’ai laissé sur ma porte et sur mon répondeur un même message, bref et énigmatique : « Je pars en voyage. Vous recontacterai dans un mois ». puis, j’ai calfeutré mon appartement, porte close, volets rabattus pour empêcher même la lumière de pénétrer ; j’ai débranché la radio, éteint ordinateur et portable avant de m’allonger sur mon lit, nu.
Je suis parti seul, sans bagages superflus, armé de ma seule volonté. J’ai quitté ma petite vie superficielle pour plonger dans le néant, découvrir les arcanes de l’être humain, les profondeurs de mon inconscient, les raisons de mes insomnies et de mes obsessions angoissantes.
Pour y arriver, l’exercice est simple mais nécessite une concentration totale et un abandon parfait au vide. Il faut d’abord atteindre une obscurité idéale dans la pièce. Petit à petit, l’esprit efface tous les meubles présents autour de lui : le bureau et ses tréteaux, l’armoire à la porte grinçante ; le décor disparaît : posters, photos, ampoules nues… tout. Restent le lit sur lequel repose encore le corps, et les murs dans lesquels se sont fondues la porte et la fenêtre. Murs noirs, lit noir. Ténèbres lumineuses.
Enfin, tout doucement, le cœur ralentit son rythme, l’ouïe étouffe les bruits parasites de la circulation dehors, pour se concentrer sur un tempo intérieur, infime. Après l’espace, l’esprit abolit peu à peu le temps, il se libère du monde, de la vie, du corps même. Le lit a disparu depuis longtemps, le corps flottant dans la pièce sombre s’étiole jusqu’à s’annihiler. Seul l’esprit subsiste, pure énergie qui contemple son domaine. La volonté désormais toute-puissante fait tomber les quatre murs qui l’enserraient. Au delà, l’infini. La lumière noire est si intense, si intolérable qu’elle éblouit l’esprit au point de l’aveugler d’une certitude : l’infini est un néant qui nous enveloppe et nous cerne de tous côtés.
C’est sur cet écran de ténèbres que vient se poser le cortège de mes angoisses, telles des ombres aux regards familiers. Monstres tricéphales aux crocs acérés et aux griffes salies de sang séché, gorgones aux yeux cruels, sous leur tignasse sifflante, rouges flammes immatérielles qui lèchent avidement mon âme affolée, géants tenant dans leur pogne des lambeaux de chair humaine encore frémissante, têtes d’enfants qui sautillent à leurs pieds, squelettes grinçants et grimaçants. La raison assiste, impuissante, au lent défilé des corbillards et salue au passage le Courage vaincu, l’Amour défunt, l’Espoir encore agonisant.
Pourtant, je me délecte de cette danse macabre : j’ai trouvé ce que je venais chercher, le plaisir masochiste de l’Autodestruction. Je m’abîme dans la contemplation de ces horreurs, jouissance plus intense que toutes mes expériences antérieures. Rien n’est plus atroce et plus jouissif que ce voyage au cœur du néant, ni les délires de l’alcool, ni les trips hallucinés, ni l’excitation morbide des amours vénales et malades. Dans ces visions immondes paraissent des êtres chers démembrés, qui miaulent leur haine vers moi, des inconnus qui exhibent leurs stigmates sanguinolents, des ombres d’hommes et de femmes dévorés par la lèpre.
Soudain, parmi ces fantasmes dégoûtants, je me vois marchant, la tête sous le bras, souriant d’un rictus infâme. Mon corps décapité titube, tressaute et reprend sa route incertaine, comme sous l’effet de quelque drogue. Je peux sentir l’odeur de transpiration et de viscères grouillants qu’exhale cette caricature de moi. Un sang carmin, épais dégouline de mon cou tranché, j’entends son goutte-à-goutte, je peux même deviner son goût métallique et écoeurant. Mon esprit ne peut que regarder ma déchéance, désespérément incapable. Et tout ce qui jusqu’ici m’avait paru plaisirs impies, délices interdites, apparaît sous son vrai visage : folies extraordinaires d’un esprit malade, fou, aliéné. Seul l’orgueil et le refus de ma propre indignité me sauvent de ce Chaos dément que je me suis créé. Je ne suis pas encore prêt à me laisser bouffer par le néant.
Je reviens aujourd’hui. Je reviens du néant, de mon vide intérieur. J’en reviens nu, sans rien, ou presque. En effet, de cet enfer a surgi, faible mais tenace, un désir de vie, de beauté, de douceur. J’en demande rien qu’un peu, pour survivre.
Je me suis levé un matin et sans raison, j’ai tout envoyé balader. Tout abandonné. Mes rares amis, mon ogresse de mère, mes études de Lettres, mon job de robot aux caisses du Champion, et même le joli minois de Caroline que je n’ai jamais osé aborder.
C’est arrivé sur un coup de tête. J’ai laissé sur ma porte et sur mon répondeur un même message, bref et énigmatique : « Je pars en voyage. Vous recontacterai dans un mois ». puis, j’ai calfeutré mon appartement, porte close, volets rabattus pour empêcher même la lumière de pénétrer ; j’ai débranché la radio, éteint ordinateur et portable avant de m’allonger sur mon lit, nu.
Je suis parti seul, sans bagages superflus, armé de ma seule volonté. J’ai quitté ma petite vie superficielle pour plonger dans le néant, découvrir les arcanes de l’être humain, les profondeurs de mon inconscient, les raisons de mes insomnies et de mes obsessions angoissantes.
Pour y arriver, l’exercice est simple mais nécessite une concentration totale et un abandon parfait au vide. Il faut d’abord atteindre une obscurité idéale dans la pièce. Petit à petit, l’esprit efface tous les meubles présents autour de lui : le bureau et ses tréteaux, l’armoire à la porte grinçante ; le décor disparaît : posters, photos, ampoules nues… tout. Restent le lit sur lequel repose encore le corps, et les murs dans lesquels se sont fondues la porte et la fenêtre. Murs noirs, lit noir. Ténèbres lumineuses.
Enfin, tout doucement, le cœur ralentit son rythme, l’ouïe étouffe les bruits parasites de la circulation dehors, pour se concentrer sur un tempo intérieur, infime. Après l’espace, l’esprit abolit peu à peu le temps, il se libère du monde, de la vie, du corps même. Le lit a disparu depuis longtemps, le corps flottant dans la pièce sombre s’étiole jusqu’à s’annihiler. Seul l’esprit subsiste, pure énergie qui contemple son domaine. La volonté désormais toute-puissante fait tomber les quatre murs qui l’enserraient. Au delà, l’infini. La lumière noire est si intense, si intolérable qu’elle éblouit l’esprit au point de l’aveugler d’une certitude : l’infini est un néant qui nous enveloppe et nous cerne de tous côtés.
C’est sur cet écran de ténèbres que vient se poser le cortège de mes angoisses, telles des ombres aux regards familiers. Monstres tricéphales aux crocs acérés et aux griffes salies de sang séché, gorgones aux yeux cruels, sous leur tignasse sifflante, rouges flammes immatérielles qui lèchent avidement mon âme affolée, géants tenant dans leur pogne des lambeaux de chair humaine encore frémissante, têtes d’enfants qui sautillent à leurs pieds, squelettes grinçants et grimaçants. La raison assiste, impuissante, au lent défilé des corbillards et salue au passage le Courage vaincu, l’Amour défunt, l’Espoir encore agonisant.
Pourtant, je me délecte de cette danse macabre : j’ai trouvé ce que je venais chercher, le plaisir masochiste de l’Autodestruction. Je m’abîme dans la contemplation de ces horreurs, jouissance plus intense que toutes mes expériences antérieures. Rien n’est plus atroce et plus jouissif que ce voyage au cœur du néant, ni les délires de l’alcool, ni les trips hallucinés, ni l’excitation morbide des amours vénales et malades. Dans ces visions immondes paraissent des êtres chers démembrés, qui miaulent leur haine vers moi, des inconnus qui exhibent leurs stigmates sanguinolents, des ombres d’hommes et de femmes dévorés par la lèpre.
Soudain, parmi ces fantasmes dégoûtants, je me vois marchant, la tête sous le bras, souriant d’un rictus infâme. Mon corps décapité titube, tressaute et reprend sa route incertaine, comme sous l’effet de quelque drogue. Je peux sentir l’odeur de transpiration et de viscères grouillants qu’exhale cette caricature de moi. Un sang carmin, épais dégouline de mon cou tranché, j’entends son goutte-à-goutte, je peux même deviner son goût métallique et écoeurant. Mon esprit ne peut que regarder ma déchéance, désespérément incapable. Et tout ce qui jusqu’ici m’avait paru plaisirs impies, délices interdites, apparaît sous son vrai visage : folies extraordinaires d’un esprit malade, fou, aliéné. Seul l’orgueil et le refus de ma propre indignité me sauvent de ce Chaos dément que je me suis créé. Je ne suis pas encore prêt à me laisser bouffer par le néant.
Je reviens aujourd’hui. Je reviens du néant, de mon vide intérieur. J’en reviens nu, sans rien, ou presque. En effet, de cet enfer a surgi, faible mais tenace, un désir de vie, de beauté, de douceur. J’en demande rien qu’un peu, pour survivre.
Thème 1:
Ecrivains en herbe et scribouillards du dimanche, voici le thème de la semaine, proposé par Audrey : "rencontre surnaturelle". Forme libre, sujet libre, longueur libre.
Joie de lire, plaisir d'écrire
A la suite des réflexions du groupe FB "La prof de français en saigne" (Hommage à Princesse Soso, mon idole prof d'Anglais), nous initions, mes élèves, mes anciens élèves et moi-même, un nouveau projet:
Pour les écrivains en herbe intéressés, je propose un projet qui reprend le principe du club des scribouillards: un thème, une semaine pour le traiter, un recueil des textes créés à la fin de la semaine, qui paraîtra sur ce blog, pour que tous puissent le lire. Vous avez jusqu'au dimanche, minuit, pour m'envoyer votre texte sur mon adresse schorrprofatgmail.com. Le recueil est renvoyé/publié sur le site le lundi.
Avantages: Cette gymnastique du stylo permet de développer son style selon son humeur, le sujet imposé est une contrainte stimulante pour l'imagination, et en prime, vous avez une correction orthographique gratuite!
Pas de contrainte particulière, puisque c'est sur la base du volontariat.
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